automne 1998

Aux Grotesques les grands maux

Ecriture d'une "double" pièce de théâtre. C'est l'histoire d'un fou qui se prend pour Dieu qui tombe amoureux d'une folle qui se prend pour Emilie Jolie et leur rencontre révèle une terrible histoire qui aurait déclenché la folie de ces deux personnes.​ Au fil de la representation, des soucis techniques vont forcé le comédien qui se prend pour Dieu à sortir de son rôle pour s'en prendre au régisseur derrière sa console.
Au fil de leurs échanges, on comprendra que celui qui se prend pour Dieu est l'auteur et le metteur en scène de la pièce qu'il a écrit pour séduire sa comédienne... Sauf que cette dernière sort avec le technicien derrière les spectateurs...

Cette création fait suite à "Attention à la marche", une comédie musicale interactive que j'ai créé en 1996, dans laquelle le "quatrième mur" était comme un miroir (puisque les acteurs y jouaient le role de spectateurs).  Dans "Aux grotesques les grands maux", le "quatrième mur" est éclaté, les acteurs se parlent par dessus les spectateurs.

J'ai monté une version courte de cette pièce en 1998 dans le cadre de l'association des Arts Mêlés. Puis lorsqu'on commençait à écrire et monter la version longue l'année suivante, mais l'actrice principale est parti s'installer de l'autre coté de la France et on a décidé de ne pas la remplacer, chacun de nous partant en même temps vers de nouvelles aventures professionnelles.

Extraits

Musique lente, douce et langoureuse.

 

- Petits salopiaux ! Ca vous a pas suffit d’avoir des problèmes de voisinage et de vous entre-tuer pour des bouts de terre même pas à vous. Il a fallut que vous inventiez l’argent , l’économie, le pouvoir, l’esclavage, le racisme et la bombe nucléaire. Et la pomme, le fruit de l’intelligence, elle faisait trop rétro dans les tartes tatins ? Alors vous la servez en chausson pour accompagner les Big-mac ! Comme si elle était dure à avaler, cette pomme.

 

La musique est de plus en plus rapide et de plus en plus forte.

 

- Comme si elle vous restait en travers de la gorge, vous la découpez, vous la congestionnez, vous la congelez et la décongelez. Mais regardez : Vous en faites de la bouillie pour bébé, du pâté pour chien ou encore du shampoing bio... Elle est partout. Quasi-omni présente, comme une marque de moi, comme un de mes yeux sur vous, comme tout ce qui vous entoure. Comme la plus haute des montagnes et le plus petit des cailloux.

Terre,

t’es ma terre

Ma bulle d’air et de terre.

 

Pas terre à terre

Tu fais d’l’air à l’univers.

Et oui tu m’enterre,

Tu m’fais taire six pieds sous terre.

Parce que t’es ma terre,

Mon manque d’air et de terre.

A terre.

Un petit son traverse la salle ans le noir, en venant de la régie.

 

Technicien :

- Mmmh...

Homme :

- D’accord, tu as raison, on ne peut rien faire sans toi. On a bien eu l’air con.
Et maintenant on s’excuse. Et tu nous remet de la lumière, s’il te plaît Gilles !

 

Technicien :

- Ben quoi, c’était super, Stéphane. On n’a pas vu ta gueule pendant deux bonnes minutes. Je vois pas pourquoi vous auriez besoin de lumière.

 

Femme :

- Les mecs, vous êtes vraiment des gros gamins.
Toujours à vous chamailler, à vous insulter. Y en a pas un pour rattraper l’autre.

 

Homme :

- Non, alors là, excuse-moi, Juliette, je t’arrête tout de suite : Je refuse que tu me mettes dans le même sac que ce minable.

Femme :

- Tu veux des lumières ou pas ?

 

Pas de réponse.

 

- Bon, alors ferme ta gueule, quand tu sais que tu vas l’ouvrir pour insulter mon copain.

Le technicien et la femme s’acheminent vers la sortie.

L’homme leur parle en restant figé sur scène.

La musique continue de défiler. 

 

Homme :

- Parce que c’est un travail, d’écrire, de penser et d’imaginer une mise en scène. Mais ça, c’est trop difficile à comprendre pour toi. Toi t’es qu’un technicien, qu’un imbé...

Technicien :

- Et pour toi, c’est quoi un technicien ? Un robot ? Une marionnette ? Comme Juliette ?... Hein ?... C’est ça ? Tu crois que quand on est acteur ou technicien on a pas de démarche artistique ? Tu crois que t’es le seul à porter la pièce ? Tu crois qu’on est là que pour tes beaux yeux ? Et qu’on a pas des choses à dire, nous aussi, à travers ce que tu écris ? Ce que tu mets en scène ? Hein ?...

 

La femme prend le tecnicien par le bras et tous les deux filent vers la sortie.

 

Homme : (en s’égosillant)

- Je t’interdis de dire que je prends Juliette pour une marionnette. Tu m’entends. T’en sais rien de ce qu’elle est Juliette pour ma pièce. Alors je t’interdis de sousentendre quoi que ce soit sur notre travail. Toi, t’es rien là dedans, tu m’entends ? T’es en dehors du coup. T’ai arrivé sur la création, elle était finie la création. Alors ton histore de robot-technicien sans démarche artistique, tu peux la ranger dans le plaquard d’où on t’a sorti. Ton plaquard à balais.

 

Le couple quitte la salle en claquant la porte. La musique laisse la place à des battements de coeur lourds et réguliers.

- Mais c’est ça ! Partez au cinéma. Là-bas on les écoute les techniciens lumière. Allez, foutez l’camp. Disparaissez du théâtre. Vous êtes grillés de toutes façons. Qui voudra travailler avec des gens qui quittent une représentation en pleine représentation. Parce que ça va se savoir dans le milieu, ça oui. Vous pouvez comptez sur moi. C’est vite fait une réputation !

 

L’homme s’arrête et respire difficilement au milieu des bruits de battements de coeur.

- revenez !