hiver 2006

Marathon des scénaristes

Depuis neuf ans, Scénario au Long Court organise au mois d'avril un grand rendez-vous de l'écriture cinématographique : le festival international des scénaristes. D'abord situé à la Ciotat, ce festival a lieu à Bourges depuis deux ans [et maintenant à Valence]. pour en savoir plus surfez sur scenarioaulongcourt.com

 

Parmi toutes les activités, rencontres et projections de ce festival, les apprentis scénaristes (comme moi) peuvent concourir au marathon de l'écriture. Le principe est simple : un sujet tombe dans les mains de tous les participants réunis dans une "chapelle" à 10h du matin et ils ont 48 heures pour rédiger un scénario de 10 pages maximum. Auparavant, ils ont été pré-séléctionnés en envoyant deux scénarii de courts métrages et une lettre de motivation (plus la lettre est folle plus vous avez de chances d'être sélectionnés).

Outre le défi scénaristique qui s'avère un excellent exercice d'écriture, cette expérience est aussi l'occasion de faire la connaissances des autres marathoniens et des parrains (un scénariste et un producteur professionnels) qui nous aident à partir de la vingt-quatrième heure…

 

Moi c'est après avoir tenté ma chance en 2002 et 2004 que j'ai finalement été séléctionné en 2006. Et je vous invite à découvrir le témoignage du marathonien n°31 que j'ai été pour en savoir plus…

1 – de la bonne nouvelle au sujet du marathon

 

Toute cette aventure scénaristique commence dans ma boite au lettre au cours d’une banale journée d’hiver. J’ouvre la boite machinalement et d’un seul coup ma respiration s’arrête toute seule. Mes battements de cœur s’intensifient dans les oreilles. Dans mes mains, une lettre de paris avec l’intitulé du « scénario au long court » sur l’enveloppe (le nom de la boite qui supervise depuis 9 ans le festival des scénaristes).

Je n’ose pas l’ouvrir tout de suite parce que j’ai vraiment envie de participer au marathon de l’écriture mais j’ai peur de découvrir un « nous avons le regret de vous informer que vot… ». Le type de réponse que j’avais déjà reçu pour les éditions 2002 et 2004 du même festival.

Bon finalement je me lance. J’ouvre l’enveloppe.

Je n’arrive pas à lire tout de suite. Je vois juste qu’ils ont pris la peine de m’écrire sur un beau papier à lettre avec une encre rouge pour les coordonnées et la photo des boules de papiers griffonnées qui servent de fond, de logo ou de thématique. Je me dit qu’ils ont pris en photo les brouillons qui ont servi à les décider sur la manière d’informer aux candidats qu’ils n’ont malheureusement pas été sélectionné. Mon sang ne fait qu’un tour mais je continue…

Un cri de joie envahit soudainement la tranquillité de mon chez moi. J’appelle tous les copains avant même d’avoir fini de lire la lettre. De toute façon c’est bien simple je n’arrive plus à lire quoi que ce soit tellement j’ai la tête ailleurs.

 

Un peu plus tard, Isabelle (une copine avec qui j’ai travaillé sur des tournages), m’appelle parce qu’elle a vu mes coordonnées dans la liste des participants au marathon. « Ah parce que  toi aussi t’as été prise ? ». Je suis ravi de me sentir moins seul dans cette épreuve à venir, mais je dois avoué que je suis aussi un peu effrayé à l’idée de concourir contre l’auteur d’un scénario que j’aime énormément (le scénario d’un film qu’elle tournera 4 jours avant le marathon). En même temps ça ne m’étonne pas : quand on est dedans, et qu’on croise régulièrement des personnes avec qui on échange sur notre passion de l’écriture, il ne faut pas être surpris de les revoir à ce genre de concours. La pression monte.

Mais bon j’ai trouvé quelqu’un avec qui partager ma chambre d’hôtel pour faire des économies… D’ailleurs heureusement qu’elle m’a appelé parce que sinon j’oubliais de réserver une chambre.

 

Mardi 4 avril 2006

J’apprend que la grève occasionné par la crise du CPE me prive des seuls trains qui me permettaient de faire Avignon – Bourges. C’est dommage parce que j’avais une réduc offerte par le festival. Bon c’est pas grave, je fonce dans ma voiture. Crac je me tords la cheville. Ce qui ressemble à un petit détail sans conséquence va devenir pendant tout le festival mon obsession. Imaginez pour commencer, les 6h de route à travers la France avec le pied gauche qui vous fait râler tout seul de douleur…

 

Sur la route, Isabelle m’appelle pour me dire qu’elle a le même souci de trains. Elle opte aussi pour la voiture mais préfère partir le lendemain matin à 3h du mat. Secrètement je me dis qu’entre son tournage et ses nombreuses heures de route matinale, elle aura un peu du mal à suivre le marathon. C’est mesquin mais bon, j’ai quand même un peu envie de gagner. Surtout Qu’Isa n’est pas n’importe quelle concourante à mes yeux.

 

Bon finalement j’arrive à Bourges ou tout le monde m’indique la route généreusement parce que je me perds dans toutes ces rues à sens unique. J’arrive dans le café où Valérie Ganne (qui supervise le marathon) nous a donné rendez-vous. Il y a déjà une bonne vingtaine de participants attablés pour manger. C’est très impressionnant. Surtout que leur tablée dénote complètement avec l’ambiance qui règne dans le reste du café en ce début de soirée : dans l’écran géant du café, l’OL gagne encore un à zéro contre le Milan AC (pour ceux qui connaissent le retournement et le résultat en fin de match, vous comprenez le décalage qu’il peut y avoir).

On fait timidement la rencontre de nos futurs rivaux. On a tous forcément ce point commun du cinéma ou de l’écriture. Certains en sont à leur dixième réalisation de courts métrages, d’autres ne veulent se consacrer qu’à l’écriture. Chacun est passionnant. Valérie se présente en me demandant qui je suis. « C’était quoi déjà les scénars que tu as envoyé ? ». Mes 6h de route dans les pattes (endoloris) m’empêche de vraiment réfléchir à la question. Je finis par vaguement retrouver le sujet. L’histoire d’un type qui se lève avec une voix off pendant toute la journée. « Ah oui ! Je vois. C’est dans un petit village et lui il va jusqu’à un pont, où il y a une autre femme qui le retrouve et… » Valérie Ganne me ressort le titre du projet et retrouve ainsi mon nom et mon prénom. Si-dé-rant ! Elle a du s’enfiler la lecture d’au moins 250 scénarii pour faire la sélection (chaque prétendant au titre de marathonien envoie deux scénarii de court métrage et une lettre de motivation originale) et elle se rappelle de chacun d’eux. Je la regarde en me demandant si elle se souvient aussi des scenarii des années précédentes…

 

La nuit se passe bien. Juste un peu mal au pied gauche.

 

Je me lève tout de même du bon pied pour filer aux Beaux Arts où je découvre la grande salle dans laquelle je suis amené à vivre la plus belle expérience d’écriture de ma vie. La pièce est presque aussi haute que longue. Elle doit accueillir des tournages ou des prise de vue photo parce que le plafond est envahi par des projecteurs et qu’un grand rideau noir recouvre le mur du fond et celui de gauche. Sinon ça ressemble à n’importe quelle salle d’examen. Des tables sont alignées en laissant une large allée centrale. Valérie est assise avec Julie et Tristan (ses adorables collègues organisateurs du marathon) à une table qui évoque, de part sa position, celle des pions qui doivent surveiller une épreuve du BAC. Ils nous donnent une pochette pleine de tract et de plan (le kit de la découverte du pays Berrichon et des tickets repas valables dans quelques restaurants de Bourges). On choisit nos tables pas hasard. Il y a des vieux PC pour ceux qui n’ont pas leur ordinateur portable. Quand j’y repense, c’est marrant comme le hasard nous assoit souvent à coté des personnes avec qui on a beaucoup d’affinités. Bon mais pour l’instant ces personnes sont de dangereux marathoniens qui cachent derrière leurs gentils sourires l’idée du siècle qui remportera peut-être le grand prix… Restons sur nos gardes…

 

Valérie nous montre la « table régie » où l’on croisera régulièrement les autres participants lorsqu’on se rappellera que notre corps à aussi besoin de manger et de boire.

 

Ensuite, elle prend l’attention de tout le monde en nous donnant quelques instructions pour le marathon (du genre « ce n’est pas un exercice scolaire… Alors lâchez vous ! »). Et puis ça y est. Il est 10h15. On me remet en main propre une large enveloppe en papier kraft avec mon nom marqué dessus. Je l’ouvre…

48h pour écrire moins de 10 pages avec dialogues et tout et tout.

Je suis dans la merde.

Mais ce qui est bien c’est qu’on est 36 à être dans cette galère.

 

Le lendemain midi, un scénariste belge me dira « OK t’es dans la galère, mais tu sais que c’est déjà pas mal d’avoir une galère » (parlant bien sûr de l’ancienne embarcation qui défie les océans). Ne serais-je pas en train de vivre un avant goût du métier de scénariste ?

2 – mes 4 grandes étapes de travail pendant 48h de solitude

 

 

Bon alors trêve de plaisanterie. Tout le monde autour de moi semble travailler d’arrache pied. Moi j’ai du mal à penser à autre chose qu’à mon picotement dans le pied gauche. Certains pianotent sur leurs ordinateurs en continue (bon dieu mais c’est un long métrage qu’ils font !). Certains passent tout leur temps à la « table régie » en parlant de la pluie et du beau temps (comment arrivent ils à penser à autre chose ?). Certains s’isolent dans le parc du grand bâtiment des Beaux Arts (je crois que je vais faire pareil). Certains se grattent la tête en regardant les projecteurs accrochés au plafond (j’espère qu’ils sont tous bien accrochés).

 

Bref c’est parti. Alors c’est l’histoire d’un ophtalmo. C’est quoi déjà ce métier au sonorité bizarre ? Médecin des yeux. Ah ouais, tiens délire, il pourrait être aveugle lui-même. C’est là que je me souviens d’une blague avec Stevie Wonder et que je pars sur l’idée d’une comédie en écrivant le début d’histoire suivante : C’est l’histoire d’un ophtalmo célèbre, noir et aveugle (suite à un accident alors qu’il était déjà ophtalmo) qui ne parle pas un mot d’anglais et qui essaie de convaincre sa traductrice de l’accompagner dans l’hôtel New Yorkais pour l’aider à convaincre la réception de lui donner les clefs de sa chambre. Bon d’accord c’est un point de départ tiré par les cheveux mais je persiste : un vieil homme l’arrête et le congratule sur son intervention lors d’un congrès avant de lui demandé si son handicap (aveugle) n’est pas trop handicapant vis-à-vis de son métier. Mon héro lui répond « Aveugle ? Oh ça aurait pu être pire, j’aurais pu être black ! ».

Bon voilà j’ai ma blague de départ. Il ne me manque plus qu’à trouver les neuf pages suivantes… Bon Alors… Voyons voir… Pfff… Je crois que je vais aller traîner dans le jardin des Beaux Arts… Je fini par appeler un kiné parce que j’ai trop mal au pied gauche.

 

Ce qui est bien avec ce marathon, c’est que tout est permis. On peut partir s’enfermer dans une chambre d’hôtel avec son ordinateur portable. On peut passer son temps dans les bars de Bourges. On peut passer une heure à chercher un cyber café pour trouver des informations sur le métier d’ophtalmo. Moi j’ai eu du bol, c’est le kiné sur lequel je suis tombé qui m’a appris pleins de choses sur ce métier. Tout ça avant de me féliciter pour mon « entorse interne ». « Bravo Monsieur, vous vous êtes bien tordu la cheville. Vous avez épargniez les ligaments externe et votre pied n’a pas l’air de gonfler. »

Je ressort rassuré pour la durée du marathon, mais apparemment, je n’aurais pas le droit de danser lors des soirées à venir du festival (Autant dire à un prisonnier qu’il n’a pas le droit de courir lorsqu’on lui enlèvera ses chaînes).

 

Bref je ressors de ma séance avec la sensation que l’ophtalmo aveugle est une mauvaise idée.

J’essaie de me persuader du contraire en l’imaginant en train de trouver son chemin dans une ville paniquée dans le noir (pourquoi pas cette fameuse coupure d’électricité du 13 août 2003). Je le vois déjà en train d’accepter son handicap à travers une sombre aventure rocambolesque…

 

Sur ce, je fais des recherches dans un cybercafé. Je dîne avec les festivaliers normaux (qui n’ont pas le regard perdu dans la recherche de l’idée du siècle) à la maison de la culture où se déroule les autres activités du festival (conférences, débat, criée des scénaristes, projections de films, rencontres professionnelles). Je me retrouve à table aux cotés du projectionniste du « ciné bus » (je ne me rappelle plus du nom, mais c’est un bus qui sert de salle de projection dans la région Centre). Ce dernier a l’air décidé à me faire goûter tous les vins de la région. Reuilly, Sancerre, Châteaumeillant, Côtes de Gien, Pouilly-Fumé tout y passe dans toutes les couleurs.

 

Je ne me rappelle plus comment j’arrive à revenir dans la grande salle où se déroule le marathon (à 3 ou 4 petits kilomètres de la maison de la culture) mais je me souviens bien de mon état lorsque regardais le gardien qui relayait nos « pions » pour la nuit : Bon alors ? Cet ophtalmo ? Aveugle… Noir… Qui ne parle pas anglais… à New York…

Il est minuit. Je ne suis plus sûr de rien et j’ai rendez-vous avec deux références du métier à 10h du matin. Je me voie déjà en train de pleurer devant eux pour expliquer que je n’ai rien trouvé. Je relis le sujet et je bloque sur un détail : Une fois à Pigalle, notre héro/ophtalmologue demande son chemin dans un bar à hôtesse et en plus, une hôtesse le renseigne. Ca me parait complètement surréaliste parce qu’il me semble assez difficile de réussir à ressortir de ce genre d’établissement sans sortir le porte monnaie. Je décide de me pencher sur la question et j’en sors des mots jetés dans tous les sens. La sombre histoire d’un ophtalmo puceau qui cherche son chemin là où il ne faut pas…

Je suis dans un état second lorsque je finis ce séquencier et je rentre me coucher vers 4h du matin… pour me relever  vers 9h du mat sur mon pied gauche… et filer à un rendez-vous vers 10h avec tous les parrains du marathon. J’y englouti un café en découvrant le tirage au sort qui élira les deux parrains de chaque marathonien.

Il faut avouer que le principe est excellent : Pour 36 marathoniens, 36 scénaristes et 36 producteurs ont excepté le principe d’un accompagnement de 2 apprentis scénaristes. J’avais découvert la liste des invités quelques jours avant de venir et je m’étais dit que c’était sympa parce que je ne connaissais aucun de ses courageux bénévoles. J’y voyais l’occasion de rencontrer du monde qui travaille dans le milieu. Ah si, à vrai dire je connaissais une personne, Yolande Zauberman, parce que j’avais été stagiaire déco sur « la Guerre à Paris », un des longs métrages qu’elle a écrit et réalisé. Je dois avouer que j’espérais tomber sur n’importe qui sauf elle parce que je souhaitais faire de nouvelles rencontres. Comme je connais un peu sa filmographie, je me disais que son univers ne saurait jamais rencontré le mien.

Isabelle Massot qui a créé le festival se charge du petit discours de bienvenue à l’intention de tous les parrains et Valérie Ganne se charge du tirage au sort… Et me voilà en train de devoir encaisser la nouvelle : je tombe avec une productrice (Marie Descourtieux) qui travaille dans une boite de prod dont j’ignorais le nom jusque là (à droite de la lune) et pour la marraine scénariste je tombe sur… Je vous le donne dans le mille… Yolande Zauberman !

 

Cette coopération que j’imaginais déjà aussi minable que décevante se révélera aussi réjouissante qu’instructive. On se retrouve tous les quatre dans un café avec Jeanne (la marathonienne avec qui je partage le parrainage) dans un café où l’exposition de nos projet sert de prétexte à une merveilleuse rencontre. Rebondissant sur nos idées, chacune des marraines se raconte, se livre, s’émeut, se braque bref réagit à nos premiers jets d’écriture.

Jeanne et moi sentons cette merveilleuse sensation d’exister aux yeux de ses deux professionnels.

 

On en ressort tous les deux avec une énergie démesurée. C’est comme si elles avaient tellement compris nos deux sujets qu’elles y apportaient ce qu’on n’arrivait plus à voir ou à trouver. Un angle. Un ton. Une matière vivante. Une certaine pureté. Une efficacité. Quelque chose qui me pousse à travailler sans relâche jusqu’à 19h en passant quelques coups de fils pour obtenir les infos qui me manque (je découvre qu’une cousine de 12 ans est atteinte à l’oeil droit d’une coroïdite inflammatoire du sujet jeune).

19h c’est l’heure à laquelle je retrouve mes deux marraines pour leur faire lire une première ébauche de continuité dialoguée avec un titre : Pas vu Papri (Papri étant le surnom de l’hôtesse)

Malgré tout le temps qu’elles ont passé à poireauter aux Beaux Arts pour que je finisse cette étape de travail, Marie et Yolande retiennent leurs remarques sur notre ponctualité et réagissent avec toujours le même souci d’efficacité. Elles comprennent le principe mais me reproche de faire disparaître la lettre dans la dernière séquence (tiens oui, c’est vrai, j’avais complètement oublié cette foutue lettre). Elles me font part de leurs frustrations. Du manque d’émotion lisible. Elles avancent intelligemment des propositions. Elles corrigent mes fautes de frappe ou d’orthographe. Elles me font réfléchir sur le titre. Elles raillent les phrases superflues, les gags qui éloignent du sujet, les redites…

Bref il ne me reste plus qu’à retravailler jusqu’à 6h30 du mat pour arriver à une version qui est portée par un nouveau titre : Pas vu Paprika

La version ci-dessus est la version que je dépose plus tard vers 8h30 du mat avant d’aller me coucher (il faut le faire avant 10h du mat). Entre ma cigarette post-travail intense et le mot fin de cette version, il y a la lecture de Tristan qui devient un peu (comme Julie et Valérie) le souffre douleur, le masseur et l’ami réconfortant de tous les marathoniens. A cette heure matinale, je le vois errer comme une âme en peine entre les tables désertées de la grande salle (on doit être une petite dizaine sur 36 à encore travailler là à 7h du matin) et je lui demande si il est fort en orthographe. Il accepte de lire mon scénario pour faire des corrections. Je lui propose un mouchoir à cause de la fin mais il me rit au nez avant de prendre mon document.

Quelque minute plus tard, Tristan s’approche de moi avec les yeux pleins de larmes. Ses mains tremblent presque autant que ses lèvres muettes lorsqu’il me rend le texte corrigé. Je le remercie avec un simple « tu ne peux pas me faire de plus beau cadeau ». Et c’est vrai qu’après tout ce travail intense, je ne pouvais pas recevoir de plus beau cadeau que ces chaudes larmes en guise de récompense.

C’est un peu comme si mon œuvre avait touché son lecteur.

Même si il est seul à être dans ce cas, c’est déjà énorme.

 

Je m’endors en me disant que finalement, écrire un scénario, c’est comme écrire une lettre. L’essentiel c’est d’être assez clair sur ce qu’on veut dire à son correspondent et de bien choisir les mots qui appuieront ce message. Enfin il est un peu tard pour réfléchir alors je m’endors avec la satisfaction d’avoir bien travailler alors qu’une journée ensoleillée commence avec de bruyants coups de marteaux dans l’hôtel.

 

Vous pouvez bien tapez sur ce que vous voulez.

Moi je m’en fous parce que je connais deux fées qui s’appellent Marie et Yolande…

Quand bien même je ne les reverrais jamais, je pars dans un profond sommeil récupérateur (de 3 heures) en appréciant leur coup de baguette magique sur mon berceau de scénariste.

3 – les résultats lors de la soirée de clôture

 

 

Je fais de folles rencontres pendants les deux journées qu’ils nous restent pour apprécier la fin du Festival. Impossible de tout raconter. Enfin tout de même il y aurait deux choses à dire :

D’abord, il y a pleins de marathoniens bien sympas. Malgré nos secrètes envies de rafler le grand prix, il faut avouer que ça aurait été dommage de ne pas se connaître au nom d’un prétendu secret défense… C’est assez drôle d’ailleurs de se remémorer comment les langues ont pu se mettre à se délier pendant et après le marathon, en fonction des affinités. « C’est quoi ton histoire ? » « T’es parti dans quelle direction, toi ? » « Tu le sens comment ? » « Pour l’instant j’en parle pas parce que c’est pas très clair » « moi je crois que je fais une comédie, mais c’est un peu tragique aussi » « moi j’ai peur d’avoir fait un hors sujet » « moi j’ai peur de trop coller au sujet »… Au fil des jours, on finira par connaître les histoires de nos voisins. On les écoutera sans les entendre, avec toujours notre propre scénario accroché dans un coin de la tête. On s’échange des dictionnaires, des coups de mains, des avis, des pétages de plombs, des confidences. On mange ensemble. On devient amis. C’est beau et grisant comme une nouvelle crise d’adolescence. C’est léger et gratuit comme une journée de vacance. C’est puissant et intense comme un coup de foudre. Enfin bref on est content de faire partie de ce casting de graines de scénaristes.

La deuxième chose à noter, c’est la chance qu’on a d’être entourés d’un seul coup par tous ces producteurs curieux, tous ces scénaristes confirmés. Et je ne parle pas que de nos rencontres avec nos parrains. Je parle de la suite du festival : Partout où l’on se déplace avec nos têtes de morts et nos badges de marathoniens, on est salués pour notre courage par des inconnus qui participent ou assistent au festival. Sans même avoir été lus, on est reconnus par la profession pour le travail qu’on a osé fournir. C’est une sensation indéfinissable pour quelqu’un comme moi qui écrit depuis longtemps et qui n’en a jamais vécu.

 

Bref voilà les deux journées qui passent plus ou moins vite et nous voilà samedi soir dans la grande salle où commence vers 20h la cérémonie de clôture. Isabelle Massot explique la règle du jeux qui pimentera la soirée (excellente idée qui lui vient d’un festival à Annecy) : Il est interdit de dire le mot « merci ». Chaque fauteur se verra recevoir un sachet de lentilles (non non, on n’est plus dans l’histoire de l’ophtalmologiste, il s’agit bien de lentilles à cuisiner)…

Invités spéciaux, organisateurs et financeurs défilent en essayant de respecter la délicate règle du jeux en décrispant nos zygomatiques encore raidis par l’échéance des résultats tant attendus.

On commence par le jury jeunes. Bon il n’y rien pour moi. Tant mieux c’est quand même un peu minable. On enchaîne avec les prix du jury européen. On ne sort toujours pas mon nom d’une enveloppe. La pression monte. On passe au grand jury. C’est l’inventeur du sujet lui-même qui annonce la couleur… « Le grand prix du jury est attribué à… ». Je suis sûr qu’à cet instant précis, le titre et le nom de l’auteur lauréat ont été synonymes de « une navrante erreur de diagnostique » dans la tête d’au moins trente marathoniens. Qu’on ait eut l’occasion de connaître ou non ce marathonien pendant le festival, ce n’est pas possible de penser autre chose de cet auteur et de son œuvre à ce moment précis. Ce n’est pas de la jalousie. C’est simplement la sensation d’une profonde injustice.

Bon, mais tout ça disparaît bien vite dans l’ivresse et la bonne humeur du reste de la soirée. Pendant qu’on se déchaîne sur une musique endiablée qui raisonne dans le hall de la maison de la culture (un peu devenue notre maison à nous) on philosophie avec philosophie.

 

Je n’ai pas lu les 36 projets mais pour en connaître quelques uns, je peux vous assurer que la qualité, l’efficacité et l’originalité de chacun d’eux valaient bien (à une autre échelle) celles de grands films tel que « la Vie rêvée des anges », « Le goût des autres », « Mars attaque », « la vie est un long fleuve tranquille », « In the moon for love », « Amélie Poulain », « l’Humanité », « Eyes wide shut », « la Grande séduction », « les Autres », « Brice de Nice », « Prends l’oseille et tire-toi », « Lost in translation », « les Invasions barbares », « 24 heures avant la nuit », « Collatéral », « Matrix », « la Vie est un long fleuve tranquille », « Trois couleurs, rouge », « Lord of war », « Batailla en el cielo », « Sur mes lèvres », « Breacking the wave », « Broken flowers », « Moi, toi et tous les autres », « les Poupées russes », « la Moustache », « l’Interprète », « Sin City », « le Couperet »,  « Gentille », « Volte-face », « l’Enfant », « Trois enterrements », « Du jour au lendemain », « a History of violence », « la vérité si je mens », « Scream », « Last days » ou « Reservoir dog ».

Très sincèrement, en comparant des projets aussi différents, dans le fond comme dans la forme, j’aimerais bien savoir comment les trois jurys ont trouvé le moyen de ne pas décerner un prix par marathonien ?

Je dis ça autant pour me rassurer que pour rassurer tous ceux qui ont participé à ce marathon.

Tout le monde aurait dût gagner et tout le monde peut estimer avoir gagner ne serait-ce qu’en réalisant le fait d’avoir relevé le défi. Je dis ça à vous qui lisez ce témoignage. Si vous êtes arrivez jusqu’à la lecture de cette ligne, c’est que vous êtes un temps soit peu intéressé au cinéma, à l’écriture ou au principe d’un marathon de l’écriture de scénario. D’une manière absolue, on ne perd jamais vraiment quand on rate un concours, à partir du moment où on sait apprécier les petits cadeaux qui ont eu pour cadre la simple participation.

 

Voyez avec quelle ardeur je finis d’écrire ce jeudi 13 avril alors qu’il est 2h11 du matin.

N’y aurait-il pas dans cette envie d’écrire, de témoigner, les restes de cet exercice difficile auquel j’ai survécu il y a presque une semaine ?

 

Allez traîner sur le site http://scenarioaulongcourt.com et tenez vous informer de la prochaine édition du festival. C’est le marathonien n°31 de l’édition 2006 qui vous le dit.

Ca ne coûte rien d’y participer, et vous avez tout à y gagner.

Et n’oubliez pas que le cinéma « n’est pas un exercice scolaire…alors lâchez vous ! ».